{"id":4087,"date":"2020-03-28T19:09:52","date_gmt":"2020-03-28T18:09:52","guid":{"rendered":"http:\/\/reseau-to.local\/?p=4087"},"modified":"2021-09-22T20:01:42","modified_gmt":"2021-09-22T18:01:42","slug":"25-ans-de-theatre-de-lopprime-avec-jana-sanskriti-inde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/?p=4087","title":{"rendered":"25 ans de Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;opprim\u00e9 avec Jana Sanskriti (Inde)"},"content":{"rendered":"Par JF Martel.\n\nJ&rsquo;ai \u00e9crit ce texte \u00e0 la demande des amis sociologues Sophie et Cl\u00e9ment, qui ont suivi les premi\u00e8res r\u00e9unions de notre r\u00e9seau, pour une publication \u00e0 venir dans la revue \u00ab\u00a0THEATRE. J&rsquo;y raconte, chapitre par chapitre, le premier stage TO en Inde (1991) leurs diff\u00e9rentes venues en France, nos \u00e9changes de stages et de comp\u00e9tences, leur pratique du forum dans des villages indiens, leur travail en interne pour leurs formations (notamment aux techniques introspectives) . 12 pages en pdf. Vos remarques et questions sont les bienvenues !\n\n<!-- \/wp:post-content -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!--more Lire la suite-->\n\nPar JF Martel <a href=\"mailto:jf.martel@orange.fr\">jf.martel@orange.fr<\/a> du <strong>Re\u0301seau The\u0301a\u0302tre de l&rsquo;Opprime\u0301<\/strong> (France) www.reseau-to.fr JF Martel est fondateur en 1983 d&rsquo;En Vie -The\u0301a\u0302tre de l&rsquo;opprime\u0301 (Picardie), Socie\u0301taire du CTO (Centre du The\u0301a\u0302tre de l&rsquo;opprime\u0301) &#8211; Augusto Boal de Paris de 1986 a\u0300 1998, et fondateur en 2004 de T&rsquo;OP! &#8211; the\u0301a\u0302tre de l&rsquo;opprime\u0301 (Lille).\n<h4 style=\"text-align: center;\">INTRODUCTION : br\u00e8ve chronologie de nos liens personnels et collectifs.<\/h4>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">D\u00e9but 1991, rencontre bouleversante : je faisais partie de l&rsquo;\u00e9quipe des cinq jokers du CTO-A.Boal de Paris, en charge de former Jana Sanskriti au th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;opprim\u00e9, par un stage \u00e0 mener dans leur village au Bengale. Nous n&rsquo;imaginions \u00e9videmment pas qu&rsquo;ils deviendraient cet immense mouvement ! Mais la m\u00eame ann\u00e9e ils cr\u00e9ent d\u00e9j\u00e0 un th\u00e9\u00e2tre forum \u201cSonar Meye\u201d et viennent le pr\u00e9senter \u00e0 Paris au festival international du CTO A.Boal, et dans la foul\u00e9e, ils le jouent plusieurs fois pour mon groupe local de TO dans l&rsquo;Oise.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Nous nous sommes souvent retrouv\u00e9s ensuite: d&rsquo;abord au festival international du CTO- Rio de Janeiro en 1993, puis lors de leur premier festival en 2004 \u00e0 Calcutta, o\u00f9 je donne un stage d&rsquo;initiation aux \u201ctechniques introspectives\u201d \u00e0 toute leur \u00e9quipe. En 2005, nous participons ensemble au festival \u00ab femmes du monde \u00bb pr\u00e9s de Paris, et l&rsquo;ann\u00e9e suivante mon \u00e9quipe a le plaisir de les accueillir un mois entier au festival de TOP-Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Opprim\u00e9 \u00e0 Lille.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Par la suite les rencontres se sont succ\u00e9d\u00e9es en Inde et en Europe, lors de visites dans le Nord de la France ou ailleurs, dans des villages des Sudarbans, dans des festivals : autant d&rsquo;occasions d&rsquo;\u00e9changes mutuels suivant nos comp\u00e9tences propres, et de r\u00e9flexion sur la mise en place d&rsquo;un mode de soutien financier solidaire et \u00e9thique. Nous n&rsquo;avons cess\u00e9 de nous enrichir mutuellement, en toute simplicit\u00e9: en \u00e9changeant nos comp\u00e9tences. Tous ces liens m&rsquo;ont marqu\u00e9 profond\u00e9ment et ont aussi marqu\u00e9 nos familles ; ainsi, deux de mes petits enfants portent des noms bengali en deuxi\u00e8me pr\u00e9nom, inspir\u00e9s par Sima et Sanjoy Ganguly.<\/p>\n\n<h5 style=\"text-align: center;\">A) L&rsquo;ANNEE 1991, LE STAGE FONDATEUR&#8230; UN CHOC !<\/h5>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Je pratiquais le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;opprim\u00e9 depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, quand Boal demanda \u00e0 son \u00e9quipe d&rsquo;animer le premier stage de Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Opprim\u00e9 en Inde pour un groupe de paysans- militants indiens : Jana Sanskriti. J&rsquo;\u00e9tais fier de faire partie de cette \u00e9quipe, (avec Jean-Paul, Annie, Rui et Jacques) mais aussi, je l&rsquo;avoue (nous \u00e9tions tous) tr\u00e8s inquiets. Un autre continent, une langue inconnue, d&rsquo;autres habitudes pour entrer en relation dans un groupe, d&rsquo;autres codes li\u00e9s au corps, (lesquels ? Comment se touche-t-on en Inde ? Entre hommes et femmes ?). Nos jeux et exercices sensoriels allaient-ils fonctionner? Boal disait: \u00ab\u00a0Faites confiance \u00e0 la m\u00e9thode\u00a0\u00bb. Nous n&rsquo;avions pas oubli\u00e9 pas que le Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Opprim\u00e9 que nous pratiquions en France et en Europe, venait du Br\u00e9sil, donc d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;un autre continent, alors&#8230; allions oser tenter \u00e0 notre tour de transmettre cette m\u00e9thode venue d&rsquo;un pays \u00ab du sud \u00bb \u00e0 un autre pays \u00ab du sud ? C&rsquo;est Anurandha, une personne alors proche de ce groupe, qui avait rencontr\u00e9 A. Boal lors d&rsquo;un voyage en Europe. Elle avait imm\u00e9diatement compris l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;acqu\u00e9rir cette m\u00e9thode, et avait su trouver les fonds n\u00e9cessaires \u00e0 notre venue.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">En arrivant \u00e0 Delhi, puis surtout \u00e0 Calcutta, en f\u00e9vrier 91, ce fut d&rsquo;abord le choc de la mis\u00e8re. Nosu \u00e9tions muets. Que venions-nous faire ici ? Quel sens cela avait-il ? Des doutes sur notre place nous assaillaient lorsque, en rentrant du restaurant pour rejoindre l&rsquo;h\u00f4tel, nous enjambions les gens qui dormaient sur les trottoirs. Les nuits aussi \u00e9taient difficiles, nous avions chaud, peu d&rsquo;eau, les fen\u00eatres fermaient mal. Mais que pouvions nous oser demander au personnel qui, lui, dormait dans les couloirs, alors qu&rsquo;un vigile arm\u00e9 gardait l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;h\u00f4tel, devant les mendiants ?<\/p>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Enfin, apr\u00e8s de nombreuses tentatives d&rsquo;appel au t\u00e9l\u00e9phone, (en fait nous avions&#8230; un num\u00e9ro de fax !) nous parvenons \u00e0 les contacter. Ils viennent nous chercher en jeep \u00e0 Calcutta. La route traverse bient\u00f4t la campagne, des rizi\u00e8res, et nous voil\u00e0 avec eux pr\u00e8s de Madhyam- Gram, dans le village de Badu.\nCes personnes venaient de plusieurs groupes, certaines d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre plus \u00ab classique \u00bb d&rsquo;autres d&rsquo;une tradition militante proche de l&rsquo;agit-prop : Depuis 5 ans, avec Sanjoy et Sima Ganguly, venus de la ville pour s&rsquo;\u00e9tablir dans cette r\u00e9gion des Sudarbans, ces militants montraient de village en village des tableaux h\u00e9ro\u00efques de luttes d&rsquo;\u00e9mancipation. Ils essuyaient parfois des injures et des jets de pierres. En effet, leurs pyramides humaines comprenaient non seulement des femmes, mais aussi des personnes de castes inf\u00e9rieures et des bramanes sans que ces derniers ne soient forc\u00e9ment au sommet (comme il se doit) !<\/p>\n\n<h5>Le stage, ses participants, son ambiance.<\/h5>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">La veille du stage nous avions demand\u00e9 \u00e0 voir&#8230; notre \u201csalle de travail\u201d. Ils nous avaient alors emmen\u00e9s \u00e0 la crois\u00e9e de plusieurs chemins, devant un kiosque, dans l&rsquo;herbe, au milieud&rsquo;une prairie d\u00e9serte, en dehors du village. Ils y avaient install\u00e9 une toiture en t\u00f4le, au-dessus d&rsquo;un sol sur\u00e9lev\u00e9 en terre battue, un simple cercle.\nEn France nous nous sentions pratiquement incapables de mener un stage en ext\u00e9rieur. Allions-nous pouvoir mener un stage dans ces conditions ?<\/p>\nD\u00e8s le lendemain, dsepuis les diff\u00e9rents chemins, arrivaient des pi\u00e9tons, des bicyclettes, et des v\u00e9los-plate-forme qui transportaient parfois huit personnes. Tous restaient sur place ! L\u2019impressionnante capacit\u00e9 de concentration de nos stagiaires nous a tr\u00e8s vite saut\u00e9 aux yeux. Suivant les heures du jour, des enfants, des adultes, surtout des hommes, s\u2019arr\u00eataient et stationnaient autour de notre aire de travail. Ils nous observaient mais gardaient spontan\u00e9ment le silence. Enfants en short, les yeux noirs cern\u00e9s de kh\u00f4l, grands ouverts, hommes en tunique blanche ou en sarreau, (cette pi\u00e8ce de tissu color\u00e9e, serr\u00e9e autour des hanches comme un pagne). Pi\u00e9tons ou cyclistes, chauss\u00e9s de tongs ou pieds nus, tous semblaient captiv\u00e9s. Un peu plus loin, des hommes extrayaient de l&rsquo;argile qu&rsquo;ils transportaient dans des paniers sur leurs t\u00eates pour mouler des briques, qu&rsquo;ils faisaient suite cuire dans des fours \u00e0 feu de bois. Un petit groupe pr\u00e9parait notre riz quotidien.\nNos stagiaires, eux, restaient parfaitement insensibles \u00e0 ce qui se passait hors du cercle, et tout cela se d\u00e9roulait sans int\u00e9raction intempestive, sans aucune intrusion.\n<h5>Leur capacit\u00e9 de travail :<\/h5>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Les horaires n&rsquo;\u00e9taient pas limit\u00e9s. Bien entendu, personne n&rsquo;avait l&rsquo;heure sur lui en 1991. Nous avions annonc\u00e9 vouloir commencer \u00e0 9h, mais nous avons vite compris que personne ne se mettrait \u00e0 courir pour \u00eatre lav\u00e9, habill\u00e9 et nourri avant cet horaire ! Et qu&rsquo;importait apr\u00e8s tout ? Si nous arr\u00eations \u00e0 17h, c&rsquo;\u00e9tait uniquement parce que nous, les Fran\u00e7ais, nous le d\u00e9cidions ! Sanjoy, lui, nous disait: \u00ab we&rsquo;ll stop the work when you say stop, no problem&#8230; we can work till 7, 8, 9 or midnight if you want&#8230; \u00bb Mais pour nous, une soir\u00e9e de repos n&rsquo;\u00e9tait pas inutile pour pr\u00e9parer la journ\u00e9e suivante et&#8230; il nous semblait pr\u00e9f\u00e9rable pour tout le monde d&rsquo;arr\u00eater avant la \u00ab massiv attack \u00bb des moustiques, \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, m\u00eame si nous semblions \u00eatre les seuls \u00e0 souffrir des piq\u00fbres ! Certaines fois nous avons pourtant continu\u00e9 la nuit tomb\u00e9e, \u00e9clair\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 des groupes \u00e9lectrog\u00e8nes bruyants install\u00e9s un peu plus loin, avec des fils plut\u00f4t d\u00e9nud\u00e9s qui couraient d&rsquo;arbre en arbre.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Apr\u00e8s leur travail aux champs, la nuit tomb\u00e9e, ces militants avaient l&rsquo;habitude de se r\u00e9unir pour r\u00e9p\u00e9ter et jouer. A la r\u00e9flexion, ils appliquaient tout simplement la maxime : \u00ab faisons le travail qu&rsquo;il y a \u00e0 faire, c&rsquo;est tout \u00bb. Peu leur importaient les horaires ! On pouvait donc travailler sans se presser, sans jamais courir, sans f\u00e9brilit\u00e9&#8230; Cet \u00ab habitus \u00bb \u00e9tait il li\u00e9 au fait que la vie paysanne rythmait leur journ\u00e9e ? (\u00e0 la campagne, on travaille quand les champs en ont besoin, et non pas quand \u00ab c&rsquo;est l&rsquo;heure \u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Jeux, exercices, images, r\u00e9cits, improvisations, travail d&rsquo;acteur, tout cela dans une grande concentration. Partant de leurs r\u00e9cits, nous utilisons plusieurs techniques de Th\u00e9\u00e2tre Image qui permettent non seulement d&rsquo;exprimer une id\u00e9e, une oppression, une volont\u00e9, mais aussi de les pr\u00e9ciser, les r\u00e9futer, d&rsquo;en d\u00e9battre sans mots, par sculptures successives du corps des acteurs. Deux traducteurs avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vus : Sanjoy et son fr\u00e8re. Mais ce dernier ayant eu un grave accident de moto, ce fut Sanjoy seul qui traduisit de l&rsquo;Anglais au Bengali et vice versa&#8230; Quelques rares autres personnes comprenaient un peu de mots anglais (tr\u00e8s peu).<\/p>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Avec nos 70 stagiaires, nous avions d\u00fb constituer des sous-groupes ! Nous devions donc assez souvent nous d\u00e9brouiller sans traducteur. J&rsquo;\u00e9tais en bin\u00f4me avec mon amie Annie, et quand on nous a dit \u00e0 propos du th\u00e9\u00e2tre image : \u00ab very nice technics \u00bb nous \u00e9tiosn combl\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Chaque groupe cr\u00e9e des sc\u00e8nes, les joue. Le langage corporel fonctionne d&rsquo;autant mieux que chacun sait que tenter de se faire comprendre par la parole, sans traducteur, est compl\u00e8tement illusoire. Enfin, apr\u00e8s la pr\u00e9sentation en grand groupe de chaque pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e et sa mise au point collective, on \u00ab fait forum \u00bb : On propose au public de venir sur sc\u00e8ne pour remplacer le ou la protagoniste et improviser une piste de solution. Les autres acteurs, rest\u00e9s en sc\u00e8ne, r\u00e9agissent \u00e0 l&rsquo;improvisation comme ils imaginent que leurs personnages r\u00e9agiraient dans la r\u00e9alit\u00e9. A chaque fois, un des cinq com\u00e9diens-formateurs prend le r\u00f4le du joker : celui ou celel qui organise cette circulation \u00ab de la salle \u00e0 la sc\u00e8ne \u00bb. Parmi les sc\u00e8nes cr\u00e9\u00e9es, inspir\u00e9es des r\u00e9cits des participants, une, notamment retint l\u2019attention de tout le monde : elle conte les mariages forc\u00e9s, la dot, le travail domestique de l&rsquo;\u00e9pouse. Quasiment d\u00e9pourvus d&rsquo;accessoires, les acteurd montrent le travail de la femme concernant l&rsquo;eau : le pompage (la pompe \u00e9tait jou\u00e9e magnifiquement par une jeune femme), le transport sur la t\u00eate, la conservation, la cusine&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Enfin, une nuit tr\u00e8s tard, apr\u00e8s des promesses, des chants en bengali, et un \u00ab we shall overcome \u00bb qui tiraient des larmes \u00e0 tous, la jeep arriva pour nous ramener \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport. En cet instant, nous n&rsquo;\u00e9tions pas certains de les revoir. Sans trop y croire, nous \u00e9changions quelques adresses postales sur de petits bouts de papier&#8230; Car pas de t\u00e9l\u00e9phone dans ces villages sans \u00e9lectricit\u00e9 ! (pas d&rsquo;ordinateur non plus, \u00e9videmment, et m\u00eame dans les grands h\u00f4tels de Calcutta, en 1991, obtenir l&rsquo;international en moins de 12h \u00e9tait rare).<\/p>\n<strong>Pourtant, la m\u00eame ann\u00e9e, le CTO Paris et A.Boal accueillent Jana Sanskriti \u00e0 Paris.<\/strong>\n\nFestival international de Paris-Massy, mai 1991, nous sommes admiratifs: ils ont r\u00e9ussi \u00e0 venir ! De plus, ils pr\u00e9sentent un th\u00e9\u00e2tre-forum, issu notamment de cette fameuse sc\u00e8ne sur les mariages : \u00ab shonar meye \u00bb, (une fille en or), jou\u00e9e en bengali, sans traduction. Ils avaient foi dans le langage des images, faisaient confiance aux corps, aux intonations de voix, \u00e0 la prosodie. L&rsquo;\u00e9quipe \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9duite, Sanjoy jouait aussi, ils n&rsquo;avaient donc ni traducteur , ni joker pour faire l&rsquo;interm\u00e9diaire avec le public. Augusto Boal fut leur joker ! L&rsquo;accueil international (20 groupes) fut magnifique et \u00e9mouvant.\n\n<strong>Quelques jours plus tard, ils jouent bien loin du public averti du festival.<\/strong>\n\nJe les ai aussit\u00f4t invit\u00e9s pour une semaine dans l&rsquo;Oise, dans mon association \u201cEn Vie-Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Opprim\u00e9 \u00bb. Ils ont pu voir des th\u00e9\u00e2tres forums jou\u00e9s par des jeunes de quartiers populaires, rencontrer d\u2019autres associations, et bien s\u00fbr, jouer \u00ab shonar meye \u00bb dont nous avions organis\u00e9 rapidement plusieurs repr\u00e9sentations.\n\nCette fois, me voil\u00e0 donc leur joker, devant un public qui ne connait pas l&rsquo;Inde. Les oppressions montr\u00e9es allaient-elles concerner le public populaire fran\u00e7ais ?Je craignais par dessus tout la vision \u00ab\u00a0exotique, folklorique\u00a0\u00bb de leur forum, les r\u00e9flexions condescendantes du type : \u00ab ces pauvres indiens, essayent-ils au moins de s&rsquo;en sortir ? \u00bb. Je m&rsquo;adressais en fran\u00e7ais au public, puis en anglais \u00e0 Sanjoy qui retraduisait \u00e0 son \u00e9quipe et retournait ensuite jouer en bengali avec les autres ! Malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s, cela fonctionnait. Mais surtout, le public se sentait concern\u00e9, nous faisions donc bien partie \u00ab de la m\u00eame humanit\u00e9 en lutte\u201d.\n\nUn soir, \u00e0 l&rsquo;ASCA (structure sociale dans le quartier nord de Beauvais) je prends le parti, comme joker, de continuer en mode \u00abtour de babel \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire que chaque personne sur sc\u00e8ne, com\u00e9dien ou intervenant, peut parler sa propre langue, sans traduction ! Survint alors une intervention en arabe, d&rsquo;une femme venue remplacer la jeune fille \u00e0 marier, face \u00e0 ses parents. Apr\u00e8s un dialogue de sourds (c&rsquo;est le cas de le dire! ) on comprit tr\u00e8s bien qu&rsquo;elle d\u00e9cidait de partir, et jutement, elle le fait ! Elle quitte sa famille, clairement. Applaudissements dans la salle, cris. Je demande alors au public \u00ab quitter sa famille ainsi, ce doit \u00eatre bien difficile, est-ce r\u00e9ellement possible, l&rsquo;avez-vous fait ? Ou est-ce une intervention \u201cmagique\u201d ? Qu&rsquo;en pensez- vous ? \u00bb La spect-actrice elle-m\u00eame nous dit que c&rsquo;est une chose qu&rsquo;elle avait parfois r\u00eav\u00e9 de faire, mais qui ne lui semblait pas r\u00e9alisable. \u00ab je ne l&rsquo;ai fait qu&rsquo;ici, au th\u00e9\u00e2tre, mais j&rsquo;ai enfin pu jouer mon r\u00eave \u00bb. Sanjoy traduit l&rsquo;intervention \u00e0 voix basse, et une des actrices vient alors au bord de la sc\u00e8ne, et nous dit en bengali (traduit par Sanjoy en anglais puis par mes soins en fran\u00e7ais : \u00ab Mais oui, c&rsquo;est possible, et en voil\u00e0 la preuve : moi, je l&rsquo;ai fait. Mon p\u00e8re m&rsquo;avait dit que je n&rsquo;aurais m\u00eame pas un bol de riz si je revenais, mais je suis partie quand m\u00eame&#8230; Je quittais le mariage forc\u00e9, oui, mais je partais vers quoi ? sans instruction, sans argent ? Je pensais que la mendicit\u00e9 ou la prostitution m&rsquo;attendaient un jour ou l&rsquo;autre, c&rsquo;est vrai. J&rsquo;ai rencontr\u00e9 Jana Sanskriti et je les ai rejoints&#8230; et voil\u00e0, maintenant je joue pour la lib\u00e9ration de toutes&#8230;\u00bb\n\nVous imaginez le silence dans la salle. Partir, oui, mais qui m&rsquo;aidera ensuite ? Le prix \u00e0 payer pour pouvoir \u00ab partir \u00bb peut \u00eatre lourd.\n\n<strong> Puis, nous sommes ensemble au 1er festival du Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Opprim\u00e9 de Rio !<\/strong>\n\nEn 1993 Boal r\u00e9unit des troupes du monde entier, accueillies dans le saint des saints de la nouvelle d\u00e9mocratie enfin revenue : la Banque Centrale du Br\u00e9sil ! Celle ci est alors dirig\u00e9e par un de ses anciens camarades du temps des luttes clandestines contre la dictature militaire. Il prenait en charge une bonne partie des frais, notamment les trajets des groupes du \u201ctiers monde. NBous revenions d&rsquo;ailleurs du Burkina Faso, pr\u00e9sents ezux aussi ! Jana Sanskriti fait une escale \u00e0 Paris pour mener un stage, et bien s\u00fbr, le th\u00e9\u00e2tre-forum Shonar Meye est applaudi par tous, \u00e0 Rio ! Nouvelle reconnaissance internationale pour Jana Sanskriti.\n<h5 style=\"text-align: center;\">B) JANA SANSKRITI EN FRANCE:<\/h5>\n<strong>\u00ab Femmes du monde \u00bb novembre 2005,<\/strong> j&rsquo;y participe au sein de l&rsquo;association Enjeux-Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Opprim\u00e9, men\u00e9e par notre regrett\u00e9e amie Muriel Naessens. Jana Sanskriti est invit\u00e9, le CTO-Rio aussi, pour ce festival organis\u00e9 en banlieue parisienne, par le d\u00e9partement 93. Ce mois-ci, apr\u00e8s la mort de jeunes poursuivis par des policiers et les manifestations populaires de protestation qui s\u2019en sont suivies, le gouvernement qualifie la r\u00e9action de cette banlieue \u00ab d\u2019insurrection violente\u201d. Pourtant, dans des Centres Sociaux, nous y jouons deux semaines chaque soir avec un tr\u00e8s bon accueil, des th\u00e9\u00e2tre-forums venus de France, d&rsquo;Inde, du Br\u00e9sil et du Mali, tous sur les oppressions des femmes.\nEnsuite, comme pr\u00e9vu, T&rsquo;OP ! accueille Jana Sanskriti quelques jours \u00e0 Lille, pour jouer plusieurs forums, et y rencontrer des militants. Gros \u00e9cho dans les milieux associatifs de la ville, ce qui nous permet de trouver l&rsquo;\u00e9nergie et l&rsquo;argent pour organiser l&rsquo;ann\u00e9e suivante un festival de plus de trois semaines, avec eux.\n\n<strong>La <em>somatisation<\/em> dans une des interventions :<\/strong> au cours de la fameuse sc\u00e8ne o\u00f9 la jeune fille \u00e0 marier est offerte \u00e0 l&rsquo;examen oculaire des diff\u00e9rents pr\u00e9tendants, Sanjoy jokait, je traduisais. Une enseignante, militante bien connue de la LDH (ligue des droits de l&rsquo;homme), vient sur sc\u00e8ne remplacer la jeune fille. Sans une parole, convaincue qu&rsquo;on la regarde \u00ab comme un animal \u00e0 \u00e9valuer \u00bb, elle se conduit donc comme un animal dans une foire aux bestiaux : la voil\u00e0 \u00e0 quatre pattes, en train de b\u00ealer, sous les regards m\u00e9dus\u00e9s des pr\u00e9tendants qui se sauvent \u00e9pouvant\u00e9s. \u00ab Quoi ? maintenant que j&rsquo;ai reconnu \u00eatre un animal, vous ne voulez plus m&rsquo;examiner ni m&rsquo;acqu\u00e9rir \u00bb ? Gros succ\u00e8s dans le public, mais les acteurs sont un peu d\u00e9pass\u00e9s, et le joker stoppe. Nous ne saurons pas ce qu&rsquo;il aurait pu advenir ensuite dans cette famille. Mais elle avait os\u00e9 employer sur sc\u00e8ne une technique de Boal, \u00ab la somatisation \u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire laisser mon corps montrer ce que je ressens.\n\n<strong>UN MOIS DE FESTIVAL A LILLE<\/strong>\n\nFin 2006, juste apr\u00e8s leur grand Muktadhara \u00e0 Calcutta avec la pr\u00e9sence d&rsquo;A. Boal, nous recevions Jana Sanskriti dans le Nord de la France. Ce festival, \u00ab\u00a0<strong><em>Forums d&rsquo;ici et de l\u00e0-bas<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb permit des \u00e9changes entre th\u00e9\u00e2tre-forums locaux, mouvements en luttes, associations, T&rsquo;OP ! et Jana Sanskriti. Nous \u00e9tions accueillis et nourris chaque jour par des b\u00e9n\u00e9voles des r\u00e9seaux associatifs de la MRES de Lille, (la Maison R\u00e9gionale de l&rsquo;Environnement et des Solidarit\u00e9s) que Sanjoy finit par appeler plus simplement \u00ab\u00a0our house\u00a0\u00bb. (Deux de ses b\u00e9n\u00e9voles iront d&rsquo;ailleurs \u00e0 Badu).\n<strong>La \u201cpremi\u00e8re\u201d de leur tout nouveau forum sur Monsanto et le suicide des paysans.<\/strong>\nCe forum avait fait grosse impression chez les militants de la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne (syndicat de paysans, anti &#8211; productiviste, oppos\u00e9 au lib\u00e9ralisme \u00e9conomique, dont Jos\u00e9 Bov\u00e9 fut le porte-parole). La maison des paysans avait organis\u00e9 leur venue dans l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;\u00e9cole sup\u00e9rieure agricole du Pas-de-Calais et trouv\u00e9 les financements. Nous pensions utile, avec Sanjoy, de jouer devant des \u00e9tudiants et des militants du syndicalisme agricole. Tout allait bien&#8230; Mais le directeur eut vent du contenu ! Or, Monsanto, nous ne l&rsquo;apprendrons que plus tard, faisait partie des nombreux financeurs de l&rsquo;\u00e9cole. Heureusement, des repr\u00e9sentants professionnels, dont des membres de la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne si\u00e8geaient au Conseil d&rsquo;Administration de l&rsquo;\u00e9cole. Ils parvinrent \u00e0 emp\u00eacher l&rsquo;annulation de la repr\u00e9sentation. Le directeur, qui avait d&rsquo;abord proclam\u00e9 sa fiert\u00e9 de recevoir une troupe internationale, ne vint pas les accueillir, et tenta m\u00eame de dissuader les \u00e9l\u00e8ves de l\u2019internat d&rsquo;assister au spectacle !\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Ce soir l\u00e0, les militants de \u00ab la conf \u00bb \u00e9taient nombreux dans la salle. Quand la sc\u00e8ne montra le paysan -ruin\u00e9 par son contrat avec Monsanto- en butte \u00e0 son usurier, ils envahirent la sc\u00e8ne pour occuper&#8230; l&rsquo;agence locale du Cr\u00e9dit Agricole ! Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;obtention de la remise de ces dettes \u00ab odieuses \u00bb. La transposition avait donc eu lieu. La question n&rsquo;\u00e9tait plus de savoir \u00ab serait-ce possible en Inde ?\u00bb mais \u00ab que pourriez-vous faire, vous, dans votre propre pays, non pas avec l&rsquo;usurier du village, mais avec votre banquier ? \u00bb. Faut-il le pr\u00e9ciser, cette \u00e9cole n&rsquo;a malheureusement plus fait appel au th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;opprim\u00e9&#8230;<\/p>\n<strong>L&rsquo;\u00e9quipe joue aussi \u00ab Sonar Meye \u00bb<\/strong>\n\nA Gennevillers, dans le Centre Social d&rsquo;un quartier populaire, au moment de la fameuse sc\u00e8ne d&rsquo;exposition de la fille, Nicole (une jok\u00e8re du TO), vint sur sc\u00e8ne et surench\u00e9rit \u00e0 la demande d&rsquo;inspection corporelle : la finesse des chevilles, la longueur des doigts, la forme des yeux&#8230; oui, d&rsquo;accord&#8230; Mais, mais, mais, fait-elle comprendre en enlevant son pull, puis en faisant mine d&rsquo;\u00f4ter son corsage, \u00ab pourquoi ne pas inspecter aussi mes seins \u00bb ? Du doigt, elle appelle le p\u00e8re du fianc\u00e9 \u00e0 se pencher sur son d\u00e9collet\u00e9 ! Sanjoy, le joker, stoppe. Les acteurs sont d\u00e9contenanc\u00e9s, les personnages \u00e9pouvant\u00e9s. \u201cc&rsquo;est inimaginable en Inde\u201d. Certes ! Et ce ne serait pas facile non plus ailleurs ! Mais cette mani\u00e8re de menacer, &#8211; car elle n&rsquo;a finalement rien laiss\u00e9 voir concr\u00e8tement-, peut \u00eatre une fa\u00e7on de \u00ab sortir du carr\u00e9 \u00bb suivant l&rsquo;expression, d&rsquo;envisager de d\u00e9border du cadre autoris\u00e9, pour tenter d&rsquo;explorer les cons\u00e9quences qu&rsquo;aurait le prolongement des propositions de d\u00e9part.\n\n<strong>Des rencontres multiples<\/strong>\n\nNous circulons avec eux un mois dans toute la r\u00e9gion, et l&rsquo;\u00e9quipe indienne voit des th\u00e9\u00e2tre- forums de groupes locaux, rencontre le mouvement des sans &#8211; papiers, la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne, des mouvements de solidarit\u00e9 internationale, des africains contre l&rsquo;excision, des animateurs de centres sociaux et bien d&rsquo;autres mouvements. Tout cela au cours de d\u00e9bats, manifestations de rue, conf\u00e9rences, stages et ateliers.\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Avec Droit au Travail (DAT) et son groupe de ch\u00f4meurs du bassin minier, ils r\u00e9alisent m\u00eame une cr\u00e9ation commune suivie d&rsquo;un spectacle public. Cette association pratiquait le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;opprim\u00e9 avec nous depuis 1993. Tout d&rsquo;abord, quand nos amis indiens virent (de l&rsquo;ext\u00e9rieur) les vieux immeubles HLM du bassin minier, ils nous dirent que ces habitations leur semblaient \u201cbien luxueusese&#8230; Pourtant, nous pressentions que les \u00e9changes entre ces deux groupes : ouvriers fran\u00e7ais au ch\u00f4mage et paysans indiens, seraient fructueux. Qu\u2019avaient-ils donc en commun ? Apr\u00e9s quelques jours ensemble, l&rsquo;un d&rsquo;eux le r\u00e9suma en quelques mots, les larmes aux yeux : <em><strong>\u201cYes, now, I understand, it&rsquo;s very simple: we all fight for human dignity\u201d<\/strong><\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 30px;\">Ils rencontrent aussi nos amis de Rennes du th\u00e9\u00e2tre forum contre l\u2019homophobie (TFCH). Au cours du th\u00e9\u00e2tre forum qui d\u00e9non\u00e7ait le harc\u00e8lement d&rsquo;un couple de lesbiennes par le voisinage, Sima Ganguly est mont\u00e9e sur sc\u00e8ne avec tout un groupe de femmes indiennes, et ensemble, elles ont affront\u00e9 les homophobes ! Leur intervention pertinente fut tr\u00e8s remarqu\u00e9e.<\/p>\n<strong>C\u2019est bien l\u00e0 ce qui nous passionne dans ce th\u00e9\u00e2tre<\/strong>, tous ces liens vivants, toutes ces rencontres entre \u00eatres humains qui cherchent \u00e0 utiliser le TO contre les oppressions. Les \u00e9changes de techniques et de savoir faire prennent alors tout leur sens.\nL&rsquo;ann\u00e9e suivante, Sanjoy nous alerte sur une lutte au Bengale : et fait une conf\u00e9rence sur la lutte des paysans de Singur. Souvent occupants sans titre, ceux-ci sont menac\u00e9s d&rsquo;expulsion par l&rsquo;industriel TATA qui convoite leurs terres. Jana Sanskriti les soutient. Un comit\u00e9 local de solidarit\u00e9 est cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Lille. Leur lutte, tr\u00e8s populaire an Bengale, fut victorieuse : TATA c\u00e9da.\n\n<strong>Nouvelle tourn\u00e9e en Europe en 2008: et forum au Larzac !<\/strong>\nApr\u00e9s une semaine avec T&rsquo;OP ! Les voil\u00e0 avec nous dans le sud de la France : au Larzac, l\u00e0 o\u00f9 des paysans avaient lutt\u00e9 victorieusement durant 10 ans contre l&rsquo;extension d&rsquo;un camp militaire. Le Larzac continue \u00e0 \u00eatre un lieu de rassemblement, de contestation, et d&rsquo;innovations dans d&rsquo;autres formes d&rsquo;\u00e9conomie. Ils choisirent d&rsquo;y jouer un th\u00e9^qatre forum contre la corruption syndicale suite \u00e0 la mort d&rsquo;un ouvrier. Pierre Burgui\u00e8re, un des militants historiques du Larzac, fit un \u00ab stop \u00bb monta sur sc\u00e8ne et y lan\u00e7a une gr\u00e8ve de la faim ! \u00ab C&rsquo;est ce que nous avions fait ici pour commencer la lutte\u00bb dit-il ensuite en embrassant Sanjoy.\n<h5 style=\"text-align: center;\">C) NOS ECHANGES MUTUELS: quelques-uns des apports de Jana Sanskriti\nLa pratique de la sc\u00e8ne \u00ab symbolique, non r\u00e9aliste \u00bb<\/h5>\nNous souffrions, au moins dans mon groupe, d&rsquo;un d\u00e9ficit de travail esth\u00e9tique. Jana Sanskriti avait d\u00e9velopp\u00e9 une esth\u00e9tique particuli\u00e8re. Nous l&rsquo;avions d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9e au cours du stage que Sanjoy avait men\u00e9 pendant le festival de 2006 \u00e0 Lille. Un groupe \u00e9ph\u00e9m\u00e8re avait travaill\u00e9 une semaine avec lui, cr\u00e9\u00e9 des sc\u00e8nes et jou\u00e9 un th\u00e9\u00e2tre forum. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 du temps important qu&rsquo;il avait laiss\u00e9 \u00e0 chaque sous-groupe, \u00e0 un moment pr\u00e9cis : chaque groupe avait cr\u00e9\u00e9 et jou\u00e9 son histoire devant tous, puis devait discuter afin d\u2019exprimer en une ou deux phrases le probl\u00e8me pos\u00e9. Il leur avait alors demand\u00e9 de cr\u00e9er une sc\u00e8ne non r\u00e9aliste, br\u00e8ve, avec des sons (cris, chants, paroles, bruits) qui symboliserait le probl\u00e8me mais pas le r\u00e9cit lui- m\u00eame, montrerait l&rsquo;injustice pr\u00e9sente, l&rsquo;oppression dont on parle. Je me souviens ainsi d&rsquo;une sc\u00e8ne symbolique, o\u00f9 un dirigeant, debout sur un tabouret, un fouet \u00e0 la main, faisait tourner les autres en un grand cercle, comme dans un man\u00e8ge \u00e0 chevaux ! Il frappait ceux qui tombaient, pendant que quelqu&rsquo;un chantait \u00ab \u00e7a va aller, allez, allez, \u00e7a va aller \u00bb en courant aux c\u00f4t\u00e9s de ceux qui tourniquaient. Or, dans l&rsquo;histoire, il s&rsquo;agissait d&rsquo;une caissi\u00e8re de supermarch\u00e9, un travail justement&#8230; tr\u00e8s statique ! Elle peinait \u00e0 suivre le rythme impos\u00e9 (dire bonjour, scanner, \u00e9noncer le total, rendre la monnaie, dire merci et au revoir) tandis que la DRH lui prodiguait des encouragements culpabilisants.\nTout cela bien s\u00fbr, me renvoyait \u00e0 leur fameuse image dans \u00ab Sonar meye \u00bb (une femme avant, pendant et apr\u00e8s le mariage), o\u00f9 toute la troupe chantonne en bengali en dansant, en minaudant \u00ab qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une fille ? Une fille, c&rsquo;est mignon, c&rsquo;est fragile, \u00e7a aide sa maman \u00bb (ou quelque chose d&rsquo;approchant) ! Tout cela sur un ton joyeux, printanier, alors que fr\u00e8re et s\u0153ur (enfants encore) jouent ensemble dans les bois. Plus tard, dans cette m\u00eame pi\u00e8ce, soeur et fr\u00e8re, tous deux unis, se battent contre \u00ab le dieu du patriarcat \u00bb (l&rsquo;acteur porte alors le masque d&rsquo;une divinit\u00e9). Plus tard sont mis en sc\u00e8ne les r\u00eaves de cette jeune fille. On la voit notamment marcher majestueusement, sur un pont constitu\u00e9 par les dos des hommes&#8230;\n\n<strong> Tout ceci fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab concr\u00e9tion \u00bb :<\/strong>Ce terme \u00ab concr\u00e9tion \u00bb me fait penser au mot \u00bb cristallisation \u00bb employ\u00e9 en chimie pour d\u00e9signer la solidification subite d&rsquo;un composant dans une solution liquide satur\u00e9e. (C&rsquo;est ce qui arrive au sucre \u00ab cristallis\u00e9 \u00bb dans une sucrerie). Au th\u00e9\u00e2tre, la \u201cconcr\u00e9tion\u201d est une image qui rend \u00e0 la fois concret et solide ce qui vient d&rsquo;arriver : Dans Shonar Meye l&rsquo;opprim\u00e9e est au centre de rayons de cordes accroch\u00e9s \u00e0 sa ceinture, tenus par tous les autres qui la maintiennent prisonni\u00e8re, chacun tournant autour d\u2019elle, en lui d\u00e9taillant \u00e0 voix haute la place d\u00e9volue aux femmes.\nCes \u00e9changes avec J.S. nous ont amen\u00e9s, en France, \u00e0 tenter d&rsquo;imaginer des chants, danses, ou sc\u00e8ne all\u00e9gorique, pour les intercaler entre deux sc\u00e8nes r\u00e9alistes.\n\nUne aide au lancement du r\u00e9seau TO de France :\nApr\u00e8s la fin du CTO-Boal en 1998, le mouvement du th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;opprim\u00e9 h\u00e9ritait en France d\u2019un sentiment de m\u00e9fiance marqu\u00e9, quant \u00e0 la suppos\u00e9e volont\u00e9 de centralisme d&rsquo;un groupe sur les autres. Les Ganguly \u00e9taient, eux, bien ext\u00e9rieurs \u00e0 tout cela ! Aussi c\u2019est \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un de leur stage sur l\u2019esth\u00e9tique, pour une trentaine d\u2019animateurs de groupes TO de toute la France, que l\u2019id\u00e9e d\u2019un r\u00e9seau se met en place, fin 2013. L\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente plusieurs avaient particip\u00e9 \u00e0 un festival \u00e0 Strasbourg et avaient d\u00e9j\u00e0 envisag\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un r\u00e9seau TO (un r\u00e9seau, surtout pas une f\u00e9d\u00e9ration !) Ainsi r\u00e9unis, non pas par un des groupes fran\u00e7ais, mais autour de Sanjoy et Sima, nous avons d\u00e9battu, et un texte intitul\u00e9 \u00ab vers un r\u00e9seau TO \u00bb fut diffus\u00e9. Six mois plus tard, un week-end r\u00e9unissait une quinzaine de groupes entousiastes qui cr\u00e9aient \u00ab le r\u00e9seau \u00bb. Depuis, le r\u00e9seau dispose d&rsquo;une liste de discussion, d&rsquo;un site, et anime deux week-ends par an.\n<a href=\"https:\/\/www.reseau-to.fr\">www.reseau-to.fr<\/a>\n\n<strong>Autre apport esth\u00e9tique : le mode de transition entre les sc\u00e8nes<\/strong>\nAu cours du stage sur l\u2019esth\u00e9tique de 2013, Sanjoy avait insist\u00e9 pour obtenir que la transition entre nos sc\u00e8nes se fasse sans rupture. Concr\u00e8tement, il nous avait fait lier deux histoires sur des th\u00e8mes voisins, jou\u00e9es par deux groupes diff\u00e9rents, avec comme consigne de rendre invisible (ou tout au moins tr\u00e8s fluide), le passage d&rsquo;une sc\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;autre : \u00ab vous, vous savez que vous changez de d\u00e9cor, de sc\u00e8ne, et m\u00eame d&rsquo;acteurs ! Mais le public ne doit pas le voir. La transition doit se faire insensiblement, presque naturellement. \u00bb Cela n\u00e9cessite une pr\u00e9cision des entr\u00e9es et sorties, une justification des gestes et des d\u00e9placements d&rsquo;objets,&#8230; J&rsquo;ai souvent assist\u00e9 \u00e0 ce type de transition dans leurs th\u00e9\u00e2tre-forums. Par exemple, au cours d&rsquo;un chant plus ou moins dans\u00e9, les bambous pos\u00e9s au sol se rel\u00e8vent insensiblement, et quand le premier mot de la sc\u00e8ne suivante est prononc\u00e9, que le chant vient juste de s\u2019achever, la danse vient d\u2019aboutir aux attitudes corporelles des nouveaux personnages ! Le spectateur d\u00e9couvre alors le nouvel agencement des bambous (devenus maisons, portiques, armes&#8230;)\n\n<strong>Apport p\u00e9dagogique: faire retravailler un sous-groupe au cours d&rsquo;un stage<\/strong>\n&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Six groupes montrent la deuxi\u00e8me version de leurs improvisations. Sanjoy m\u00e8ne une s\u00e9quence \u00ab je questionne, je critique je propose \u00bb, o\u00f9 tout le grand groupe intervient en alternance avec lui. Il garde la main et fait les synth\u00e8ses des propositions \u00e0 retenir. Certaines sont m\u00eame aussit\u00f4t jou\u00e9es&#8230; On l&rsquo;aura compris, ce fut long, et m\u00eame tr\u00e8s long ! Si bien qu\u2019en fin de journ\u00e9e, il reste \u00e0 peine une heure et tout le monde est fatigu\u00e9. Allions-nous retourner en sous-groupes et am\u00e9liorer nos sc\u00e8nes ? Sanjoy demande \u00e0 chaque sous-groupe de se retrouver, mais surtout de ne rien jouer ! Avec papiers et crayons, \u00e9changer, et simplement noter pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;ensemble des consignes : les propositions d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 adopt\u00e9es, celles qu&rsquo;il s&rsquo;agirait de tenter, les remplacements \u00e0 tester dans la distribution des r\u00f4les, les accessoires \u00e0 construire&#8230; On prend le temps&#8230; Le canevas lui-m\u00eame apparait plus clairement \u00e0 tous. Le lendemain matin, le groupe est frais et disponible pour tester de nouvelles versions. Cependant, voici une nuance d&rsquo;importance : \u00e0 la fin de ce stage nous ne devions pas jouer devant un public. Nous n&rsquo;\u00e9tions pas dans l&rsquo;urgence habituelle de nos ateliers, quand on sait que demain, le public sera l\u00e0, et qu&rsquo;il faudrait \u00ab aussi \u00bb trouver le temps de s&rsquo;entra\u00eener au forum !\nMais ce que Jana Sanskriti m&rsquo;a de nouveau montr\u00e9 ce jour l\u00e0, c&rsquo;est l&rsquo;importance de savoir \u00ab prendre le temps \u00bb. Et&#8230; avec mon caract\u00e8re et ma culture : ce n&rsquo;est pas une op\u00e9ration facile.\n<p style=\"text-indent: 30px;\"><strong>A propos de la direction d&rsquo;acteurs :<\/strong> le lendemain Sanjoy et Sima passent de groupe en groupe. \u00ab Stop. Toi, viens au centre et livre nous la pense\u0301e a\u0300 voix haute de ton personnage ! \u00bb Puis : \u00ab Pourquoi ne garderiez-vous pas cette image fixe, avec sa pense\u0301e, dans le mode\u0300le ? \u00bb Ou bien : \u00ab Stop ! Pourrais-tu dire ta phrase face public, sans regarder ton partenaire ?\u00bb Le canevas e\u0301tait de\u0301ja\u0300 fixe\u0301 et acquis par le groupe, les participants pouvaient y ajouter des moments, des effets, pour \u00ab magnifier \u00bb ou rendre plus clairs des e\u0301motions, des ressentis, des volonte\u0301s.<\/p>\n\n<h5 style=\"text-align: center;\">D) ECHANGES MUTUELS: LES STAGES QUE NOUS ANIMONS POUR JANA SANSKRITI 2004: leur premier festival \u201cMuktadhara\u201d<\/h5>\nJe suis invit\u00e9 \u00e0 y mener un stage \u201ctechniques introspectives\u201d. J&rsquo;avais une pratique de ces techniques depuis leur cr\u00e9ation par Boal \u00e0 Paris, dans les ann\u00e9es 80. Sanjoy m&rsquo;invite donc \u00e0 Badu pour mener une semaine de stage avec la \u00ab main team \u00bb Je l&rsquo;anime avec Marion, ma fille, qui avait suivi diff\u00e9rents stages de Boal, bonne anglophone, jok\u00e8re et com\u00e9dienne de T&rsquo;OP ! puis devenue sa responsable artistique. Nous \u00e9tions convaincus que ces techniques n&rsquo;\u00e9taient pas r\u00e9serv\u00e9es aux classes moyennes des pays occidentaux. La complexit\u00e9 de la personne, les difficult\u00e9s relationnelles de la vie courante concernent tout le monde. Nos relations sont en interaction avec nos rapports sociaux, mais ne s&rsquo;y r\u00e9duisent pas ! Et ces techniques nous offrent des outils pour les travailler autrement. La question : \u00ab ces probl\u00e8mes int\u00e9rieurs ne seraient-ils que des pr\u00e9occupations de riches \u00bb ? Jana Sanskriti avait-il vraiment besoin de ce stage ? Ou n&rsquo;est-ce que le \u00abluxe\u00bb des plus favoris\u00e9s de la plan\u00e8te ? Six jours intenses, avec ces 24 hommes et femmes, nous ont donn\u00e9 la r\u00e9ponse: Ces personnes, toutes exploit\u00e9es comme paysans pauvres, et souvent doublement domin\u00e9es comme femmes, ont bondi sur ces techniques. Sanjoy traduit, et le soir nous discutons, nous revoyons ensemble les nombreuses \u00e9tapes de chacune des techniques de la journ\u00e9e.\n\n<strong>Quelques travaux de Jana Sanskriti dans ce stage &lsquo;techniques introspectives\u201d<\/strong>\nLe parcours des rituels d&rsquo;une journ\u00e9e.\nUne femme nous montre sa vie et son attitude dans quatre lieux diffe\u0301rents qu&rsquo;elle fre\u0301quente. Au temple, a\u0300 la cellule du Parti Communiste, en famille, et au centre du TO de Jana Sanskriti. Je lui fais travailler les masques sociaux qu&rsquo;elle adopte dans chacun des cas, ses gestes rituels, sa posture physique. Au temple: elle s&rsquo;efface pour servir, apporter les fleurs en silence, yeux baisse\u0301s. En famille, elle travaille, travaille, et travaille, courbe\u0301e de fatigue, circulant beaucoup, elle sert tout le monde en silence, et ne mange pas avec eux. Au Parti : assise, bien droite, elle e\u0301coute, regarde, puis sert le \u00ab tchai\u0308 \u00bb aux hommes, les de\u0301bats se poursuivent, mais on ne la laisse pas prendre la parole. Enfin, (vous vous en doutiez), au centre du TO, c&rsquo;est elle qui me\u0300ne un atelier, donne des consignes, re\u0301pond aux questions, et&#8230; on l&rsquo;e\u0301coute ! Elle danse avec tous, corrige les postures, les de\u0301placements&#8230; Evidemment, son masque corporel, son maintien, son visage, ne sont plus du tout les me\u0302mes ! Quel contraste, pourtant il s&rsquo;agit bien de la me\u0302me personne. Que se passerait-il si elle adoptait le masque qu&rsquo;elle a au TO dans une situation familiale, ou en re\u0301union du Parti ? Les participants proposent diffe\u0301rentes combinaisons qu&rsquo;elle tente ensuite de jouer. On rit beaucoup et petit a\u0300 petit, la;protagoniste expe\u0301rimente d\u2019autres fac\u0327ons d\u2019e\u0302tre, ici et maintenant.\n\nLes \u00ab flics dans la te\u0302te \u00bb :\nUne femme encore. Elle nous confie sa crainte du rejet, et la honte qui l&rsquo;habite aux abords d&rsquo;un temple. Elle se suspecte d&rsquo;e\u0302tre impure, ou d&rsquo;e\u0302tre vue comme telle, car elle est sur le point d&rsquo;avoir ses re\u0300gles&#8230; Elle finit par renoncer \u00ab d&rsquo;elle-me\u0302me \u00bb a\u0300 entrer au temple. En effet, aucun \u201cflic\u201d concret ne le lui interdit ! Nous travaillons bien su\u0302r a\u0300 identifier, puis a\u0300 mettre en sce\u0300ne, et enfin a\u0300 combattre les \u00ab flics entre\u0301s dans sa te\u0302te \u00bb qui lui ont inculque\u0301 cette conduite.\n\nL&rsquo;arc en ciel des de\u0301sirs\nLa palette de nos de\u0301sirs multiples et contradictoires. Un gars de l&rsquo;e\u0301quipe met en sce\u0300ne son impossibilite\u0301 de choisir entre deux s\u0153urs qu\u2019il aime et qu&rsquo;il voudrait e\u0301pouser ! Il nous parle de la pression sociale, de celle du groupe, qui le ferait pencher vers l&rsquo;une ou vers l&rsquo;autre, et le combat avec son de\u0301sir personnel&#8230; Nous mettons en sce\u0300ne ses diffe\u0301rents de\u0301sirs contradictoires pour qu&rsquo;il puisse les orchestrer&#8230; Nous e\u0301tions impressionne\u0301s et touche\u0301s par le niveau de\nconfiance au sein de ce groupe, d&rsquo;auant plus quand nous avons re\u0301alise\u0301 que&#8230;les deux s\u0153urs e\u0301taient pre\u0301sentes et participaient aussi au stage ! (depuis, il est marie\u0301 avec une des deux femmes, et ils ont un enfant).\n\nVoir, comprendre, analyser mon attitude, mon image, (technique dite de l&rsquo;image analytique). Un des musiciens du groupe veut qu&rsquo;on l&rsquo;aide a\u0300 repe\u0301rer et mieux comprendre ses propres re\u0301actions. Il a du mal a\u0300 exprimer son de\u0301saccord quand il s\u2019agit d\u2019un de ses pairs. Le partenaire habituel de ce musicien est sympathique, talentueux, mais tre\u0300s facilement distrait, et surtout&#8230; pas se\u0301rieux. Il l&rsquo;entrai\u0302ne a\u0300 boire de l&rsquo;alcool clandestin, (on joue tout c\u0327a sur sce\u0300ne) lui fait perdre son temps, et me\u0302me le fait arriver en retard pour le concert qu&rsquo;ils doivent donner ! De plus il a de\u0301ja\u0300 de\u0301pense\u0301 l&rsquo;argent qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas encore gagne\u0301. \u201cComment suis-je avec lui, comment me voyez-vous\u201d ? Mettons en sce\u0300ne mes diffe\u0301rentes attitudes et les siennes, au cours de la journe\u0301e, et confrontons-les. On fait se rencontrer sur sce\u0300ne, deux par deux, les attitudes de chacun des deux protagonistes, repe\u0301re\u0301es par le groupe. On improvise, puis le protagoniste tente d&rsquo;adopter les attitudes qu&rsquo;il a repe\u0301re\u0301es comme souhaitables pour lui, et essaie d&rsquo;e\u0301viter les autres.\n\n<strong>4e\u0300me Muktadhara : stage et spectacle venus de France.<\/strong>\nSanjoy m&rsquo;avait demande\u0301 d&rsquo;animer un stage &lsquo;techniques introspectives \u00bb pour les festivaliers internationaux. Le stage regroupa trente personnes, dont peu d&rsquo;indiens. Il contribua a\u0300 faire entrer ces techniques, encore peu connues, dans le re\u0301pertoire d&rsquo;outils des groupes TO pre\u0301sents. Nous eu\u0302mes aussi des moments de de\u0301bats sur la part du \u201csocial\u201d et du \u201cpsychologique\u201d, et de leurs rapports.\n\nNous avions aussi e\u0301te\u0301 invite\u0301s a\u0300 jouer un des the\u0301a\u0302tre forums de T&rsquo;OP! \u201cHm&#8230; apprenons l&rsquo;anglais donc !\u201d Ainsi, nous avons pre\u0301sente\u0301 \u00ab\u00a0Les invisibles\u00a0\u00bb en anglais, pre\u0301s du quartier Esplanade, au centre de Calcutta. Spectacle sur l&rsquo;exploitation des travailleurs sans-papiers, avec qui nous luttions en France depuis des anne\u0301es.\n\nNous nous confrontions a\u0300 un pari similaire a\u0300 celui auquel Jana Sanskriti avait du\u0302 faire face quand nous leur avions demande\u0301 de jouer en France : le public allait-il s&rsquo;identifier aux opprime\u0301s montre\u0301s sur sce\u0300ne ? Les indiens et les festivaliers se reconnai\u0302traient-ils dans notre forum sur l&rsquo;exploitation des \u201csans-papiers \u00bb ?. La question de l&rsquo;accueil des migrants re\u0301sonnait sans doute dans toutes les te\u0302tes. Tant de travailleurs arrivent du Bengladesh a\u0300 Calcutta, tant de \u00ab latinos \u00bb veulent travailler aux USA, et les festivaliers europe\u0301ens connaissent e\u0301videmment ce que vivent notamment les africains et tant de re\u0301fugie\u0301s en arrivant dans leurs pays&#8230; Notre spectacle, joue\u0301 en anglais en plein air devant une foule de 500 personnes assises au sol, fut fort applaudi. Mais nous avons aussi ressenti l&rsquo;importance de l&rsquo;obstacle de la barrie\u0300re de la langue, dans ce contexte. La traduction en Bengali n&rsquo;e\u0301tait pas simultane\u0301e, mais re\u0301sume\u0301e et n&rsquo;intervenait qu&rsquo;apre\u0300s les sce\u0300nes ou les interventions. Tout cela rendait difficile la spontane\u0301ite\u0301 des non anglophones. De fait, les spec-acteurs monte\u0301s sur sce\u0300ne parlaient tous anglais, la pre\u0301sence massive de festivaliers anglophones avait sans doute de\u0301courage\u0301 les bengalis.\n\n<strong>Notre travail ensemble sur \u00ab l&rsquo;acteur de forum \u00bb\n<\/strong>Le travail d&rsquo;acteur de J.S. concerne beaucoup la partie \u00ab mode\u0300le \u00bb du spectacle, c\u2019est-a\u0300-dire la partie e\u0301crite, celle qui sera joue\u0301e avant les interventions des spectateurs. Le mode\u0300le est fondamental, il doit e\u0302tre clair, de\u0301voiler les enjeux, les souligner par des chants, car il faut commencer par \u00ab rendre visibles les oppressions \u00bb souvent demeure\u0301es cache\u0301es, nie\u0301es, non dites. Ensuite seulement vient la partie \u00ab forum \u00bb moment ou\u0300 les spec-acteurs interviennent. Dans leur pratique, il s&rsquo;agit d&rsquo;abord de donner la parole a\u0300 chacune et chacun. La volonte\u0301 (et la possibilite\u0301) de \u00ab s&rsquo;entrai\u0302ner a\u0300 lutter \u00bb sur sce\u0300ne, par les interventions, ne viendra qu&rsquo;ensuite. En France, nous mettons parfois l&rsquo;accent diffe\u0301remment. Notamment avec des publics ou\u0300 l&rsquo;expression \u00abentrainement a\u0300 la lutte \u00bb est plus souvent pre\u0301sente, nos acteurs de forums sont parfois pris au de\u0301pourvus. Certaines interventions les laissent de\u0301sempare\u0301s, s&rsquo;ils ne connaissent pas suffisamment leur personnage, avec ses motivations, ses pre\u0301suppose\u0301s, ses armes. Mais Jana Sanskriti est aussi confronte\u0301 a\u0300 ces difficulte\u0301s. A l\u2019occasion d\u2019un stage \u00ab acteur de forum \u00bb que je menais pour leur \u00ab main team \u00bb, nous avons pu reprendre des moments ou\u0300 ils s&rsquo;e\u0301taient sentis de\u0301munis. En voici quelques exemples :\n\n<strong>La spectatrice confe\u0301rencie\u0300re :<\/strong> Un spectacle sur la traite des jeunes filles. Elles sont originaires des montagnes, on promet a\u0300 leurs familles de leur donner une instruction en ville dans une famille aise\u0301e, mais elles se retrouvent en re\u0301alite\u0301 domestiques, quasi esclaves, puis&#8230; sur le marche\u0301 des e\u0301pousables ! ( parfois me\u0302me des prostituables&#8230;) Une des interventions mene\u0301e par une militante locale chevronne\u0301e et reconnue, se re\u0301sumait a\u0300 une prise de parole au micro depuis la sce\u0300ne, feuilles a\u0300 la main, exposant au public la volonte\u0301 de son association contre la traite des jeunes filles. Aucun the\u0301a\u0302tre la\u0300-dedans ! Et donc : aucune confrontation re\u0301elle avec les oppresseurs ! (les chasseurs de jeunes filles, les parents pousse\u0301s a\u0300 se de\u0301barrasser d&rsquo;une bouche a\u0300 nourrir et d&rsquo;une dot a\u0300 re\u0301unir, les familles be\u0301ne\u0301ficiaires&#8230;). Devant cet expose\u0301 d&rsquo;intentions -tre\u0300s louables- que faire comme joker, acteur ou actrice ? C&rsquo;e\u0301tait la question pose\u0301e en stage. Nous devions re\u0301introduire le jeu the\u0301a\u0302tral, tenter de confronter cette femme a\u0300 des actes concrets a\u0300 poser&#8230; Nous avons donc essaye\u0301 de jouer sur sce\u0300ne le \u00ab re\u0301el \u00bb donc a\u0300 mettre en sce\u0300ne, paralle\u0300lement son discours, une re\u0301alite\u0301 bien e\u0301loigne\u0301e de ce que la confe\u0301rencie\u0300re proclamait. Nous nous disions que si celle-ci avait eu sous les yeux une telle contradiction de ses dires, peut-e\u0302tre serait-elle enfin entre\u0301e dans le jeu ?\nUne autre piste aurait pu lui faire voir, lui montrer, le co\u0302te\u0301 \u00ab lec\u0327on de morale \u00bb qu&rsquo;elle asse\u0301nait. (Alors que but du specatcle e\u0301tait de chercher des actions a\u0300 mener, des moyens d&rsquo;agir). Concre\u0300tement, j&rsquo;avais vu toutes les actrices e\u0301couter la \u00ab confe\u0301rencie\u0300re \u00bb, elles e\u0301taient paralyse\u0301es, comme fige\u0301es, sans plus pouvoir jouer leurs personnages. En stage, les actrices, qui s&rsquo;e\u0301taient senties ramene\u0301es au rang d\u2019e\u0301le\u0300ves, avaient propose\u0301 de somatiser leur e\u0301tat pour le rendre visible : elles s&rsquo;e\u0301taient assises en rond pour e\u0301couter la confe\u0301rencie\u0300re, sagement, sans bouger, pendant que l&rsquo;acteur \u201cse\u0301ducteur-chasseur\u201d continuait a\u0300 jouer sur sce\u0300ne son commerce avec les riches familles ! Nul doute que cette image aurait fait re\u0301agir le public !\n\n<strong>Le ro\u0302le des acteurs \u00ab secondaires : une sce\u0300ne de Sonar Meye, retravaille\u0301e en stage :<\/strong>\nvers la fin de Sonar Meye, le mari, furieux que la dot promise n&rsquo;arrive pas, bat sa jeune e\u0301pouse sous un pre\u0301texte futile (le riz est trop chaud). Autour de leur maison, les villageois circulent, faisant semblant de ne rien entendre. Nous avons alors travaille\u0301 chacun des ro\u0302les des passants. Jusque la\u0300, ce n&rsquo;e\u0301taient que des ro\u0302les de figurants interchangeables, mais nous leur avons donne\u0301 des volonte\u0301s diffe\u0301rentes. En effet, le public est souvent tente\u0301 de venir sur sce\u0300ne, jouer des villageois qui s\u2019indignent en entendant la \u00ab correction \u00bb donne\u0301e a\u0300 cette femme. Mais cette solution reste a\u0300 mon avis magique: par quel miracle ces gens seraient-ils devenus subitement oppose\u0301s a\u0300 ces pratiques ? Si le forum est vu comme un entrai\u0302nement, il serait plus inte\u0301ressant et plus efficace de montrer des divergences de pense\u0301es et d&rsquo;intentions entre les diffe\u0301rents personnages de voisines et voisins. Les spec-acteurs pourraient ainsi s&rsquo;identifier a\u0300 certains, venir les remplacer et tenter de convaincre les autres, ceux qui sont partisans du \u00ab laisser faire \u00bb ou qui conside\u0300rent qu&rsquo;il s&rsquo;agit \u00ab d&rsquo;une affaire prive\u0301e \u00bb.\nEncore une fois, mettons en sce\u0300ne la question : Si tu t&rsquo;opposes au statu quo, qui vas-tu devoir affronter, et comment ?\nEn re\u0301sume\u0301, on ne veut pas se contenter de laisser le ou la spectatrice sur sce\u0300ne e\u0301noncer une proposition, mais on veut jouer the\u0301atralement les conse\u0301quences de cette proposition. Maintes fois nous avons mesure\u0301 combien cela vaut le coup de disposer sur sce\u0300ne de personnages aux volonte\u0301s diffe\u0301rentes, de travailler ces volonte\u0301s, et leurs motivations sous-jascentes. Mais cela exige aussi des acteurs un entrainement a\u0300 la cre\u0301ation rapide et improvise\u0301e d&rsquo;images, d&rsquo;attitudes corporelles. Passionnant ! En fin de stage, ils me diront : \u00ab finally, there is not any small characters \u00bb.\n\n<strong>La force de leur groupe: la confiance entre eux. Exemple au cours d&rsquo;un stage.\n<\/strong>Novembre 2017, Badu, j&rsquo;anime avec mon e\u0301pouse Claire, Gestalt-the\u0301rapeute de l&rsquo;institut Champ G, un stage d&rsquo;une semaine \u00ab techniques introspectives \u00bb pour la main team e\u0301largie. Les the\u0300mes&nbsp;de travail issues des re\u0301cits sont vastes, comme toujours, et s&rsquo;y ajoutent des exercices des exercices que Calire propose: des mises en situations sur la \u00ab fene\u0302tre de tole\u0301rance \u00bb.de chaque personne. Celle-ci est spe\u0301cifique a\u0300 chacune et chacun, elle est fonction des e\u0301ve\u0300nements de la vie de cette personne. Exercice aussi sur la distance optimale dans chaque relation duelle, une distance de se\u0301curite\u0301, de confort, elle aussi singulie\u0300re a\u0300 chacune et chacun. Pour cela il faut parvenir a\u0300 passer du franc\u0327ais a\u0300 l&rsquo;anglais&#8230; puis au bengali ! Pratuisha (la belle fille de Sanjoy et Sima) excellente traductrice, fait c\u0327a tre\u0300s bien. Toutes et tous s&rsquo;impliquent longuement, malgre\u0301 la nuit qui tombe au jardin des manguiers, \u00ab our mango garden \u00bb un lieu tranquille pour notre stage. Beaucoup de silence. Cette fois-ci, nous e\u0301laborons moins sur la dimension sociale que sur une dimension plus interpersonnelle et intime. La confiance entre les participants est primordiale. A nouveau je note leur capacite\u0301 d\u2019implication pour rendre visible et re\u0301guler les conflits qui existent entre eux. Ainsi, dans une sce\u0300ne amene\u0301e par un jeune joker en conflit avec un formateur de la \u00ab main team \u00bb, un des participants doit jouer Sanjoy lui-me\u0302me. Dans l&rsquo;improvisation, son personnage est appele\u0301 a\u0300 donner son avis sur ce conflit. Les protagonistes improvisent, sont remplace\u0301s, les enjeux sous-jascents sont clarifie\u0301s&#8230; Impressionnant !\n<h5 style=\"text-align: center;\"><strong>E) JANA SANSKRITI A BADU, ET DANS LES VILLAGES DES SUNDARBANS.<\/strong><\/h5>\nDepuis 2004, j&rsquo;ai pu les accompagner plusieurs fois dans des villages des Sundarbans d&rsquo;ou\u0300 le mouvement est parti. Ils y sont bien implante\u0301s : beaucoup des membres de leur e\u0301quipe y ont leur famille. Les sundarbans, ce sont ces langues de terre et de mer qui constituent une partie du delta du Gange et qui affleurent a\u0300 peine au dessus du niveau de l\u2019oce\u0301an. Terres cultivables, terres inondables mais aussi mangroves, rizie\u0300res strie\u0301es de digues qu\u2019il faut reconstruire apre\u0300s chaque saison des pluies.\n\nJ&rsquo;ai eu l\u2019occasion d\u2019aller plusieurs fois a\u0300 Digambapur, le village de Satyaranjan Pal (notre ami \u00ab Sotto \u00bb dont la famille entie\u0300re est membre de Jana Sanskriti), et j&rsquo;y ai notamment assiste\u0301 a\u0300 un the\u0301a\u0302tre forum de leur re\u0301pertoire, mais joue\u0301 par une des troupes locales. Celles-ci apprennent les the\u0301a\u0302tres forums de J.S. et s&rsquo;engagent a\u0300 les jouer un certain nombre de fois. Nous e\u0301tions installe\u0301s dans une espe\u0300ce de kiosque circulaire, d&rsquo;une dizaine de me\u0300tres de diame\u0300tre, au sol en terre, avec une toiture a\u0300 ossature de bois. Ce kiosque, construit d&rsquo;abord comme sce\u0300ne de the\u0301a\u0302tre, sert aussi de lieu de re\u0301union pour le village, et est devenu non seulement le symbole du the\u0301a\u0302tre, mais aussi celui du de\u0301bat de\u0301mocratique.\n\nA Srinarayanpur, village que notre ami Prodip habite, celui-ci jokait un the\u0301a\u0302tre forum sur la violence faite aux femmes. La nuit e\u0301tait tombe\u0301e, sur la place se pressaient enfants, femmes et hommes. Les interventions se succe\u0301daient, sans me\u0302me s&rsquo;interrompre lorsque le courant e\u0301lectrique venait a\u0300 manquer (plus de lumie\u0300re ni de sono !). L\u2019attention des spectateurs ne faiblissait pas pendant qu&rsquo;avec de longues perches on tentait d\u2019accrocher des fils au re\u0301seau e\u0301lectrique, avec forces e\u0301tincelles ! La sce\u0300ne de\u0301crivait le harce\u0300lement au travail dans les champs, suivi d&rsquo;un viol. Le contremaitre avait envoye\u0301 le mari loin de la proprie\u0301te\u0301, pour pouvoir, la nuit venue, violer en toute impunite\u0301 la femme a\u0300 leur domicile, et imposer le silence sous peine de de\u0301menti, de honte et de renvoi. \u201cQue faire\u201d ? demande ensuite Prodip au public.\nA co\u0302te\u0301 de moi, de toutes jeunes adolescentes, immobiles, regardaient avidement. Je pensais avec douleur \u00ab peut-e\u0302tre se demandent-elles si c&rsquo;est ce qui les attend dans quelque temps&#8230;\u00bb. Enfin, parmi les interventions, une femme parvient a\u0300 se faufiler hors de la maison, pour y revenir avec toute une bande de voisins ! Les adolescentes tre\u0301pignaient de joie ! Etait-ce possible, re\u0301alisable ? Pour le moment, peu importait, on avait brise\u0301 la fatalite\u0301 sur sce\u0300ne, le contremaitre partait de\u0301pite\u0301, bafouillant des excuses&#8230; Les jeunes filles, elles, respiraient et riaient ! J&rsquo;imagine que le village en reparlerait et que des strate\u0301gies d&rsquo;alerte des voisins se mettraient peut-e\u0302tre en place&#8230; Plus tard dans ce me\u0302me village, j&rsquo;ai assiste\u0301 a\u0300 une re\u0301union anime\u0301e par Prodip, ou\u0300 ce qu&rsquo;on appellerait en France \u00ab l&rsquo;association des spec-acteurs \u00bb de\u0301battait de re\u0301alisations sociales mises en place dans le village a\u0300 la suite des the\u0301a\u0302tres forums. Je ne comprends pas le bengali, mais j&rsquo;ai saisi qu&rsquo;ici un comite\u0301 de vigilance \u00ab anti violence domestique \u00bb avait e\u0301te\u0301 mis en place, et se proposait d&rsquo;intervenir de\u0300s le premier cri de de\u0301tresse.\nMon ami Prodip, respecte\u0301 dans son village, nous avait raconte\u0301 qu\u2019enfant il e\u0301tait \u00ab voleur dans les trains \u00bb, un me\u0301tier d\u2019enfant semble-t-il ! Et c&rsquo;e\u0301tait le sien avant qu&rsquo;il ne rencontre Jana sanskriti et n\u2019en devienne un membre actif, e\u0301coute\u0301 et respecte\u0301. Il n&rsquo;a jamais e\u0301te\u0301 a\u0300 l&rsquo;e\u0301cole (mais son fils y va, bien su\u0302r). Pourtant il est devenu un interlocuteur pour les questions d&rsquo;e\u0301ducation, celui que Sanjoy envoie faire une confe\u0301rence sur le sujet a\u0300 l&rsquo;universite\u0301 de Calcutta.\n\n<strong>Le de\u0301but d&rsquo;un travail de longue haleine&#8230;\n<\/strong>Dans un village de pe\u0302cheurs, autour d&rsquo;un tout petit lac tre\u0300s isole\u0301, sans e\u0301lectricite\u0301, sans couverture te\u0301le\u0301phonique, vit une ethnie qui parle son propre dialecte&#8230; On me signale qu\u2019il va s&rsquo;agir d&rsquo;un travail dans la dure\u0301e. Jana Sanskriti avait tout apporte\u0301 : groupe e\u0301lectroge\u0300ne, lampes, cables, de\u0301cors, ba\u0302ches a\u0300 mettre au sol pour s&rsquo;asseoir&#8230; mais a\u0300 l&rsquo;entre\u0301e, le petit pont ne supportant pas les jeeps bien charge\u0301es, nous descendons et marchons. Ni rue ni route ici. Je circule sur les sentiers, entre les maisons en terre, autour du lac. Les enfants me guettent de loin, je leur demande par geste si je peux faire des photos. La nuit tombe, et finalement les lumie\u0300res de la sce\u0300ne s&rsquo;allument, la sono aussi, les villageois s&rsquo;assoient sur la place, et&#8230; le spectacle commence ! D&rsquo;abord des adolescentes du village dansent, puis Sima joke un the\u0301a\u0302tre forum sur les droits des femmes. Elle exhorte les femmes \u00ab mes s\u0153urs, venez ! N&rsquo;ayez pas peur ! \u00bb Mias ce soir la\u0300, seules trois femmes prendront la parole, timidement et depuis leur place, sans oser venir jusqu&rsquo;a\u0300 la sce\u0300ne. Pour ma part, je suis dubitatif, et n\u2019ose dire ma de\u0301ception. \u00ab C&rsquo;est la premie\u0300re fois qu&rsquo;on joue ici \u00bb, m\u2019expliquera Sima ensuite. \u00ab Et c&rsquo;est de\u0301ja\u0300 e\u0301norme qu&rsquo;elles aient ose\u0301 parler de cette violence en public\u00bb. Ce village, tre\u0300s isole\u0301, semble e\u0302tre peuple\u0301 d&rsquo;un groupe ethnique particulier et me\u0301prise\u0301. Sima m&rsquo;explique que peut-e\u0302tre, lorsqu\u2019ils joueront pour la deuxie\u0300me fois ce me\u0302me the\u0301a\u0302tre forum, les femmes oseront faire un remplacement sur sce\u0300ne. Puis la troisie\u0300me, la quatrie\u0300me fois, les interventions deviendront de plus en plus efficaces, pour aboutir, peut-e\u0302tre un jour, a\u0300 la cre\u0301ation d&rsquo;un comite\u0301 de spectatrices. Pour Jana sanskriti, jouer un the\u0301a\u0302tre forum n&rsquo;est pas une fin en soi, bien au contraire, c&rsquo;est le de\u0301but d&rsquo;un processus pour lequel il faudra revenir jouer N et N fois, cre\u0301er des rencontres, des de\u0301bats. Sans compter qu\u2019il leur a fallu parfois beaucoup de temps avant d&rsquo;e\u0302tre invite\u0301 a\u0300 jouer&#8230; Dans ce village, Jana Sanskriti avait d&rsquo;abord anime\u0301 un groupe d&rsquo;enfants et d\u2019adolescentes, et leur avait appris des danses traditionnelles. C&rsquo;est une de leurs me\u0301thodes : cre\u0301er des groupes de danse, apprendre des chants traditionnels a\u0300 des jeunes, et me\u0302me organiser de grandes fe\u0302tes devant un large public, avec plusieurs groupes ! Cela fait penser au travail que pourrait faire en France un Centre Social ou une association, une fe\u0301de\u0301ration d&rsquo;Education Populaire. Mais songeons que ce type de structures n&rsquo;existe pas ici, et que tout semble a\u0300 faire.\nMe revient encore l\u2019e\u0301motion devant l\u2019accueil que nous ont re\u0301serve\u0301 les habitants de ce village de pe\u0302cheurs : voyant quelques europe\u0301ens qui accompagnaient Jana Sanskriti, ils avaient trouve\u0301 pour nous des chaises afin de nous e\u0301viter de nous asseoir au sol&#8230; Et surtout, ces gens extre\u0302mement pauvres avaient re\u0301ussi avant la fin du spectacle, a\u0300 pre\u0301parer et emballer de petits ga\u0302teaux, trouver des boites en carton, et entourer celles-ci d&rsquo;un e\u0301lastique avant de nous les offrir. <strong>Ici, on sait recevoir les e\u0301trangers&#8230;<\/strong>\n\n<strong>Jana Sanskriti et son Centre du TO, a\u0300 Badu:<\/strong>\nOn peut dire qu&rsquo;ils ont construit ce centre au sens propre : briques, ciment&#8230; On est loin du the\u0301a\u0302tre dans l&rsquo;herbe de 1991 ! De\u0300s le de\u0301but : des bureaux, mais aussi une cuisine, une sce\u0300ne, un jardin, et d&rsquo;anne\u0301e en anne\u0301e, tout cela s&rsquo;agrandit. Sur la sce\u0300ne exte\u0301rieure, (un cercle sure\u0301leve\u0301, la\u0300 encore) , j&rsquo;ai vu se tenir de nombreux spectacles, des stages, ou des re\u0301pe\u0301titions.\nDepuis 2017, leur centre comporte un \u00ab auditorium A.Boal \u00bb construit au dessus d&rsquo;un e\u0301tage d&rsquo;he\u0301bergements de qualite\u0301 pour des stagiaires, lui-me\u0302me au dessus des bureaux et des salles. Depuis longtemps j&rsquo;y avais de\u0301ja\u0300 repe\u0301re\u0301 une salle informatique ouverte au village, des cours de chants, de musique et plus surprenant encore, un horaire de\u0301volu a\u0300 une consultation me\u0301dicale gratuite. Depuis 2018, un grand jardin \u00ab organic \u00bb fournit inte\u0301gralement les le\u0301gumes et les fruits pour plusieurs dizaines de repas chaque jour.\nL&rsquo;ambiance y est a\u0300 la fois de\u0301tendue, sans fe\u0301brilite\u0301, et&#8230; laborieuse. Apre\u0300s une journe\u0301e de the\u0301a\u0302tre, il n&rsquo;est pas rare de voir les stagiaires partir travailler au jardin, a\u0300 la cuisine, ou a\u0300 la mac\u0327onnerie !\nDans l&rsquo;auditorim, en mars 2019, je vois \u00ab La maison de poupe\u0301e \u00bb de Strinberg, transpose\u0301e au Bengale contemporain, adapte\u0301e, re\u0301e\u0301crite et mise en sce\u0300ne par Sanjoy, (travail largement prime\u0301 et reconnu). Le re\u0301sultat est un mixte entre le \u00ab forum \u00bb et les \u00ab techniques introspectives \u00bb. La structure de la pie\u0300ce propose quatre choeurs : celui de la femme, celui de son mari, celui d&rsquo;un ami et conseiller, et celui de sa me\u0300re. Le de\u0301nouement est connu et le proble\u0300me de cette femme est re\u0301gle\u0301 d\u2019une fac\u0327on qui fit scandale au XIXe\u0300me sie\u0300cle : elle de\u0301cide de quitter mari et famille pour e\u0302tre inde\u0301pendante. Dans notre jargon \u00ab l&rsquo;oppression \u00bb est donc re\u0301solue ! Comme un chef d&rsquo;orchestre, le joker Sanjoy, invite le public a\u0300 venir sur sce\u0300ne renforcer, soutenir tel ou tel personnage et son ch\u0153ur, approfondir et complexifier le dialogue.\n\n<strong>L&rsquo;influence de leur travail, notamment contre l&rsquo;oppression des femmes<\/strong>\nOn me raconte que nombre d&rsquo;hommes, qui affirmaient auparavant \u00ab I\u2019m a man, so, when I loose my temper, I beat my wife\u00bb sont devenus des amis de Jana Sanskriti et me\u0302me participent maintenant a\u0300 ces comite\u0301s de village. Cette phrase, je la connais bien, car je l&rsquo;ai me\u0302me entendue de la bouche d&rsquo;un de mes stagiaires, qui l&rsquo;avait prononce\u0301e les larmes aux yeux&#8230; J&rsquo;apprends qu&rsquo;une e\u0301tude sociologique, sortie en 2018 et publie\u0301e en bengali, a pu mettre en e\u0301vidence l&rsquo;impact de leurs pre\u0301sences re\u0301pe\u0301te\u0301es sur les violences faites aux femmes. Sanjoy me raconte que dans certains villages, des hommes, jadis auteurs de violences domestiques, ont change\u0301, et sont me\u0302me devenus des soutiens, des membres actifs de Jana Sanskriti. Il s&rsquo;agit ici de proscrire des comportements appuye\u0301s sur des coutumes, des certitudes, et bien souvent sur l&rsquo;approbation majoritaire des hommes. Car la loi ne suffit pas. Ces lois existent, parfois me\u0302me depuis des de\u0301cennies, notamment dans cet e\u0301tat du Bengale longtemps communiste : des lois contre la discrimination des basses castes, contre la traction humaine, (les fameux pousse-\npousse, ou rickshaws) et me\u0302me une loi contre la pratique de la dot.\n\n<strong>Pourtant, a\u0300 l\u2019heure actuelle,la dot est toujours une re\u0301alite\u0301.<\/strong>\nConte\u0301e dans \u00ab Sonar Meye \u00bb, la dot continue a\u0300 e\u0302tre pratique\u0301e et ne\u0301gocie\u0301e notamment dans le cadre des mariages arrange\u0301s par les familles. La dot oblige le pe\u0300re de la jeune fille a\u0300 s&rsquo;endetter, sauf a\u0300 ne lui trouver comme mari qu&rsquo;un malheureux, socialement exclu, voire handicape\u0301&#8230; Les membres de Jana Sanskriti s&rsquo;engagent absolument a\u0300 empe\u0302cher toute dot dans leur propre famille, (fre\u0300res, soeurs, cousins). Pourtant la pratique perdure. J&rsquo;ai ainsi assiste\u0301 en 2017 a\u0300 un mariage, a\u0300 Badu, face a\u0300 leur centre du TO. De grandes tentes blanches se montaient, avec force fleurs, et sonorisation, en vu du mariage d&rsquo;une jeune voisine. Sima e\u0301tait invite\u0301e a\u0300 la soire\u0301e, et choisissait un saree en conse\u0301quence. Je lui demande : \u00ab Vas-tu danser ce soir \u00bb ? \u00ab Oh, non, mais j&rsquo;y serai, je dois y e\u0302tre pour elle, mais ce sera avec une grande tristesse, car cette petite nous l&rsquo;avons connue be\u0301be\u0301, et son futur mari ne semble pas quelqu&rsquo;un de bien \u00bb. Le lendemain, je suis invite\u0301 a\u0300 venir saluer la famille. J&rsquo;entre, bois le tchai\u0308 avec les hommes, et entre dans la salle ou les femmes de la maison appre\u0302tent la jeune e\u0301pouse\u0301e avant son de\u0301part. Car en effet, elle va partir et quitter de\u0301finitivement le village, pour aller rejoindre la famille de son mari. Sollicite\u0301, je demande par gestes a\u0300 la jeune femme si je peux la photographier. \u00ab Oui bien su\u0302r \u00bb me re\u0301pond l&rsquo;entourage alors qu&rsquo;elle-me\u0302me reste silencieuse. Il fait sombre, je ne vois pas bien. Plus tard, en regardant la photo&#8230; ce fut un choc. Sur son visage on lit une telle tristesse, une telle re\u0301signation&#8230; Peu apre\u0300s Sotto me montre une camionnette bien charge\u0301e, gare\u0301e a\u0300 l&rsquo;e\u0301cart : \u00ab the dowry \u00bb me dit-il, \u00ab la dot \u00bb, bien re\u0301elle, bien qu&rsquo;interdite. Le mari n&rsquo;est plus la\u0300, il est de\u0301ja\u0300 reparti avec ses parents. Peu apre\u0301s, je vois la jeune femme, seule a\u0300 l&rsquo;arrie\u0300re d&rsquo;une voiture, qui se retourne alors que le chauffeur de\u0301marre. Elle regarde a\u0300 travers la vitre les femmes du village, masse\u0301es sur la route, en silence&#8230; C&rsquo;est fini. En larmes, Sima me dira ensuite : \u00ab On ne la reverra plus&#8230; Tu comprends maintenant pourquoi on joue Sonar Meye, encore, encore et encore ?&#8230; \u00bb\n\n<strong>Le travail de Jana Sanskriti dans des e\u0301coles.<\/strong>\nJ&rsquo;avais de\u0301ja\u0300 tente\u0301 d&rsquo;aller les voir, mais&#8230; il fallait partir a\u0300 4h du matin avec la jeep. Etait-ce donc si loin ? Cette fois, la sortie est organise\u0301e, et j&rsquo;ai enfin compris pourquoi le de\u0301part se de\u0301roulait en pleine nuit depuis leur centre de Badu. C&rsquo;est simple : les intervenantes commencent dans les e\u0301coles vers&#8230; 6 heures du matin. Avant la classe !\nNous voila\u0300 donc devant l&rsquo;e\u0301cole encore ferme\u0301e d&rsquo;un village des Sundarbans. Dans le jour qui se le\u0300ve, assis dans l&rsquo;herbe mouille\u0301e de rose\u0301e, des enfants silencieux, une couverture sur le dos. Ils nous regardent les yeux e\u0301carquille\u0301s. Ce jour-la\u0300, \u00ab soutien scolaire \u00bb, on re\u0301apprend a\u0300 e\u0301crire des mots oublie\u0301s. Une enfant, face a\u0300 une douzaine d&rsquo;autres, tient quelque chose qui ressemble par sa taille plus a\u0300 une ardoise qu&rsquo;a\u0300 un tableau. De plus, on efface peu, car il ne leur reste que deux ba\u0302tons de craie&#8230; Ancien instituteur \u00ab pe\u0301dagogie Freinet \u00bb en milieu rural pauvre en France, j&rsquo;ai du mal a\u0300 retenir mes larmes et ma cole\u0300re&#8230; Sanjoy me dit plus tard : \u00ab on manque de craies a\u0300 l&rsquo;e\u0301cole publique dans les villages, pourtant l&rsquo;Inde vient de signer pour 36 avions de chasse \u00ab Dassault \u00bb au cours de la visite de votre pre\u0301sident Hollande&#8230; \u00bb.\nDans une autre e\u0301cole des Sundurbans, me\u0302me mise\u0300re, on me montre ce que sera le repas offert aux e\u0301le\u0300ves pour les inciter a\u0300 venir : du riz dans une soupe de dal (lentilles). Mais c&rsquo;est pluto\u0302t une sorte de bouillie peu tentante. \u00ab Vous en mangeriez, vous \u00bb ? Me demande le mai\u0302tre, de\u0301sole\u0301. Plus tard, dans un village ou\u0300 cette fois l\u2019e\u0301quipe de Jana Sanskriti est admise a\u0300 l&rsquo;inte\u0301rieur de l&rsquo;e\u0301cole, voila\u0300 80 enfants de 7 ou 8 ans, garc\u0327ons et filles, souriants, assis sagement sur le carrelage de leur classe, souvent en short, yeux grands ouverts. Les intervenantes leur font pratiquer (avec succe\u0300s!) des postures de yoga. Malgre\u0301 notre pre\u0301sence, tous les enfants restent bien concentre\u0301s. Je note que la classe n&rsquo;a qu&rsquo;un seul meuble : le bureau du maitre. Je m&rsquo;apercevrai plus tard que les enfants se partagent un cahier et un crayon pour trois&#8230; Il fait bon, les fene\u0302tres sont ouvertes et on peut voir et entendre a\u0300 l&rsquo;exte\u0301rieur, des enfants plus grands se poursuivre, se jeter de l&rsquo;eau, rire, courir, disparai\u0302tre, revenir. Songeur, je me demande si ceux-la\u0300 aussi sont scolarise\u0301s ? Mais on m&rsquo;invite a\u0300 me reposer avant le repas dans le logement de l&rsquo;institutrice publique. En fait, je suis&#8230; sur son lit ! Celui-ci occupe presque tout l&rsquo;espace de la seule petite pie\u0300ce dont elle dispose, et j\u2019y suis entoure\u0301 et domine\u0301 par des e\u0301tage\u0300res pleines de livres. Apre\u0300s le repas, vers 14h, les e\u0301le\u0300ves repartent chez eux. Ces enfants sont tous en uniforme, he\u0301ritage de la colonisation britannique. Ils ressemblent donc aux e\u0301le\u0300ves des e\u0301coles anglaises, payantes et bien e\u0301quipe\u0301es&#8230; Pour un peu, sous l&rsquo;uniforme, on les croirait e\u0301gaux ! Mais je repars en jeep vers Calcutta, et quelques heures plus tard, changement d&rsquo;ambiance : la circulation, la foule, et le courant e\u0301lectrique a\u0300 profusion dans le centre. Je vois alors des affiches ge\u0301antes, e\u0301claire\u0301es, qui annoncent l&rsquo;ouverture des inscriptions dans une e\u0301cole&#8230; Montessori ! (un des courants de l&rsquo;e\u0301ducation dite \u00ab nouvelle \u00bb en Europe, de\u0301but XXe\u0300me sie\u0300cle). Je me renseigne : oui, cette pe\u0301dagogie est pratique\u0301e dans certaines e\u0301coles prive\u0301es : mais&#8230; leurs tarifs feraient fuir me\u0302me un europe\u0301en moyen. De nouveau, je rumine ma tristesse et ma cole\u0300re. Je suis bien convaincu qu&rsquo;ils auraient besoin de pe\u0301dagogie active. A.Boal fut d&rsquo;abord accueilli en\nFrance dans les milieux associatifs, notamment par le mouvement Freinet qui fournit pas mal de ses premiers militants. Ce fut mon cas. Ce mouvement, de\u0300s 1920, s&rsquo;est toujours voulu une pe\u0301dagogie populaire, e\u0301mancipatrice des enfants du peuple, et sa revue s&rsquo;appelait alors \u00ab l&rsquo;e\u0301ducateur prole\u0301tarien \u00bb. Alors&#8230; je re\u0302ve de voir adapter les \u00ab techniques Freinet \u00bb aux conditions re\u0301elles des e\u0301coles rurales du Bengale. Comment faire ? En 2017, Ils e\u0301taient invite\u0301s par le groupe de Grenoble \u201cLes fe\u0301es Rosses\u201d Pour 7 personnes de leur main team j&rsquo;ai pu organiser une journe\u0301e de visite dans des classes Freinet d&rsquo;e\u0301coles de l&rsquo;Ise\u0300re et leur faire parvenir des e\u0301crits de Freinet traduits en anglais. Mais c&rsquo;est peu, peu, bien trop peu&#8230; S&rsquo;ils ont pu ressentir, en une journe\u0301e, les relations coope\u0301ratives entre enfants, l&rsquo;autonomie de recherche des e\u0301le\u0300ves, sentir le rapport diffe\u0301rent entre enseignants et e\u0301le\u0300ves, il est clair que les moyens mate\u0301riels de nos e\u0301coles publiques franc\u0327aises, (me\u0302me les moins bien loties), les ont laisse\u0301 perplexes, tellement ils sont sans commune mesure avec les leur&#8230; A suivre.\n<h5 style=\"text-align: center;\">F) JANA SANSKRITI ET LA SOLIDARITE INTERNATIONALE<\/h5>\n&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;Tous ces e\u0301changes ont forge\u0301 entre nous une relation particulie\u0300re, y compris dans nos familles. Cependant, nous vivons en France dans un pays \u201criche\u201d et l&rsquo;ine\u0301galite\u0301 de nos moyens financiers avec eux est criante. Comment assumer ce \u201cgap\u201d ? Nous voulions a\u0300 la fois nous e\u0301loigner de la charite\u0301, par essence ine\u0301gale, et ne pas nous contenter d&rsquo;aides ponctuelles, ale\u0301atoires. A cela, nous voulions substituer un soutien permanent.\nNous avions de\u0301marre\u0301 en 2004 une me\u0301thode qui fut ensuite propose\u0301e a\u0300 la re\u0301flexion des autres groupes de festivaliers, et a\u0300 l&rsquo;OITO (organisation internationale du the\u0301a\u0302tre de l&rsquo;opprime\u0301).Ils ne soient pas toujours faciles a\u0300 mettre en \u0153uvre, mais en voici les deux principes :\n<strong>1) La parite\u0301 des re\u0301mune\u0301rations :<\/strong> En France, nous avons fait en sorte que les commanditaires, les organisateurs, re\u0301mune\u0300rent les the\u0301a\u0302tre forums et les stages de JS au me\u0302me bare\u0300me que nos stages et the\u0301a\u0302tre forums franc\u0327ais. Nous tenons a\u0300 appliquons le principe du tarif \u201cdu pays ou\u0300 je travaille\u201d, pluto\u0302t que le principe du tarif \u201cdu pays d&rsquo;origine\u201d. En Europe, tous les mouvements de gauche avaient proteste\u0301 contre la \u00ab circulaire Bolkestein \u00bb qui pre\u0301voyait le contraire, par exemple que les travailleurs roumains, de\u0301tache\u0301s en France, seraient paye\u0301s au salaire roumain. De surcroit, nous avons du\u0302 de\u0301fendre et mettre en avant le fait que les intervenants de Jana Sanskriti n&rsquo;e\u0301taient pas paye\u0301s personnellement, (d&rsquo;ailleurs la loi franc\u0327aise ne le permettrait pas). L\u2019argent re\u0301colte\u0301 leur est donc transfe\u0301re\u0301 par nos soins, comme soutien d&rsquo;association a\u0300 association. Nous nous y sommes toujours tenus.\n<strong>2) La \u201ccaisse de solidarite\u0301\u00a0\u00bb<\/strong>\nNous l&rsquo;avons mise en place au sein de T&rsquo;OP! Comment est-elle alimente\u0301e ? Chez nous, les come\u0301diens sont (en ge\u0301ne\u0301ral) paye\u0301s pour animer des stages, des ateliers, ou pour jouer. A\u0300 T&rsquo;OP ! Chaque euro gagne\u0301 en pratiquant le the\u0301a\u0302tre de l&rsquo;opprime\u0301 donne lieu a\u0300 un versement automatique de quatre pour cent a\u0300 cette \u201ccaisse de solidarite\u0301\u201d. Cet argent est ensuite verse\u0301 chaque anne\u0301e comme soutien a\u0300 JS. En fonction de l&rsquo;activite\u0301, cette somme peut atteindre plusieurs centaines d&rsquo;euros par come\u0301dien. A me\u0301diter ! Et a\u0300 comparer avec d&rsquo;autres me\u0301thodes : l&rsquo;expe\u0301rience souvent cite\u0301e des \u201cboites a\u0300 pie\u0300ces\u201d que l&rsquo;on espe\u0300re remplir en les gardant sur sa table de cuisine en vue d&rsquo;une solidarite\u0301, n&rsquo;atteignent jamais ce montant ! Nous sommes convaincus que notre syste\u0300me est efficace a\u0300 deux conditions : qu\u2019il soit automatique, et que ses fondements en soient accepte\u0301s par tous.\n\n<strong>Quels sont ces fondements a\u0300 la solidarite\u0301 ?<\/strong>\nNous pensons que si nous utilisons la me\u0301thode du The\u0301a\u0302tre de l&rsquo;Opprime\u0301 dans notre me\u0301tier (comme come\u0301dien mais aussi comme professeur, ou travailleur social&#8230;), et que nous tirons e ce travail un revenu, ce revenu est le\u0301gitime. Mais nous devons aussi nous souvenir que nous pouvons le faire parce que \u00ab\u00a0la me\u0301thode du TO\u201d est le fruit des recherches de Boal et de bien d&rsquo;autres. Cette me\u0301thode est \u201clibre de droits\u201d, nous ne payons rien pour l&#8217;employer. Boal n&rsquo;a jamais voulu d&rsquo;un \u201ccopyright\u201d ou d&rsquo;une redevance financie\u0300re a\u0300 une fe\u0301de\u0301ration officielle. Librement et sans redevance, des groupes de\u0301veloppent le TO partout dans le monde, et en font profiter toute l&rsquo;humanite\u0301. Certaines personnes en tirent me\u0302me leur principal revenu. Si des groupes ont besoin d&rsquo;un soutien e\u0301conomique, alors que d&rsquo;autres peuvent procurer ce soutien, alors&#8230; nmettons en \u0153uvre nos ide\u0301es de solidarite\u0301, sous une forme ou sous une autre.\n\nNous proposons cet outil solidaire aux autres groupes de the\u0301a\u0302tre de l&rsquo;opprime\u0301. C&rsquo;est, a\u0300 notre avis, un moyen d&rsquo;e\u0301viter la charite\u0301 et les relations asyme\u0301triques et ine\u0301gales qui en de\u0301coulent. Mais d&rsquo;abord: de\u0301veloppons l&rsquo;e\u0301change re\u0301ciproque de compe\u0301tences et de travail, le soutien e\u0301conomique pourra suivre.\n<h5 style=\"text-align: center;\">EN GUISE DE CONCLUSION<\/h5>\nNos amis de Jana sanskriti, sont d&rsquo;abord des activistes contre les oppressions,eux-me\u0302mes oprpime\u0301s, et ancre\u0301s dans leur re\u0301gion. Nous pouvons de\u0301velopper avec eux, a\u0300 e\u0301galite\u0301, l&rsquo;e\u0301change de compe\u0301tences et de travail, avant d&rsquo;envisager un soutien e\u0301conomique. Et surtout: la cohe\u0301sion de leur e\u0301quipe est exemplaire. Ils tirent une grande force des liens solidaires qu\u2019ils ont su cre\u0301er\nmalgre\u0301 les conflits inhe\u0301rents a\u0300 tout groupe humain. Ce lien est fait de proximite\u0301, de confiance, de capacite\u0301 a\u0300 s\u2019impliquer avec authenticite\u0301 et inte\u0301grite\u0301.\n\nEn plus de leurs compe\u0301tences artistiques et politiques, de leur implantation et implication, c&rsquo;est aussi cela qui fait leur force et la pe\u0301rennite\u0301 de leur groupe.\n<p style=\"text-align: right;\">JF Martel, 18 oct 2019<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par JF Martel. J&rsquo;ai \u00e9crit ce texte \u00e0 la demande des amis sociologues Sophie et Cl\u00e9ment, qui ont suivi les premi\u00e8res r\u00e9unions de notre r\u00e9seau, pour une publication \u00e0 venir dans la revue \u00ab\u00a0THEATRE. J&rsquo;y raconte, chapitre par chapitre, le premier stage TO en Inde (1991) leurs diff\u00e9rentes venues en France, nos \u00e9changes de stages &hellip; <a href=\"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/?p=4087\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">25 ans de Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;opprim\u00e9 avec Jana Sanskriti (Inde)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[58,49],"tags":[],"class_list":["post-4087","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-et-livres","category-articles-recents"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pguFcj-13V","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4087","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4087"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4087\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6829,"href":"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4087\/revisions\/6829"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4087"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4087"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.test.wiremi.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4087"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}